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La gauche radicale, adepte du discours politique anesthésiant

par Déniz BOZKURT 17 Août 2015, 18:48 Politique nationale

La gauche radicale, adepte du discours politique anesthésiant

L'anesthésie, on le sait, est une technique médicale qui consiste à administrer à un patient une certaine dose de médicaments afin de suspendre de manière temporaire la sensibilité douloureuse, cela est comparable à l'effet du discours de la gauche radicale sur ses militants et notamment lorsqu'il s'agit de faire preuve de réalisme en tout genre. L’exercice vise ici à mettre en perspective une critique fondée et constructive faisant office de contrepoids aux récupérations politiques et à l’habileté aiguisée de l’extrême-droite.

 

La politique du moindre mal

 

Fer de lance du Front de Gauche lors des élections présidentielles de 2012, la politique du moindre mal a été une véritable aberration car elle a poussé la masse d’électeurs déçues par la nouvelle droite complexée ou bien ayant tout simplement pris conscience de l'inadéquation entre le nom du parti et ses aspirations politiques à tout de même insérer un bulletin de vote en faveur du candidat Hollande et ce, uniquement pour faire barrage à la droite. Le clivage droite/gauche étant une illusion, l’absurdité de cette posture tient tout simplement au fait d’avoir érigé une illusion au statut de projet politique, allant même à travers certaines envolées utopistes à affirmer que plus large sera la défaite de Sarkozy et plus la construction d’une nouvelle gauche sera couronnée de succès.

 

Pour les moins malins, ce qui apparemment n'était pas prévisible en 2012 s'avère être confirmé par les faits aujourd'hui et nous pouvons affirmer avec sérénité que la volonté du Front de Gauche de rediriger les masses en faveur du candidat Hollande afin de faire barrage au pire a justement été le très sûr moyen de faire advenir le pire. La finalisation de la ratification par François Hollande du TSCG fraichement pondu par son prédécesseur sans la moindre once de renégociation ou encore la complète soumission des élites gouvernementales lorsqu’il a fallu s’attaquer à l’épineux sujet de la séparation des activités bancaires sont autant de preuves.

 

J’affirme également que le Front de Gauche est complice de la continuité des politiques antisociales conduites à partir de 2012. Il a contribué à entretenir le simulacre de « l’alternance sans alternatives ». La situation est claire, tant que le mouvement n’aura pas reconnu sa contribution et sa responsabilité dans ce fiasco de la naissance d’une nouvelle gauche à travers l’éviction du pouvoir de Nicolas Sarkozy, il sera pour moi décrédibilisé et illégitime à conduire un véritable mouvement de résistance authentique. Les mots ont un sens et il faut reconnaître que cela a été une manipulation. Il est bien beau d’appeler aujourd’hui a une sixième République mais cela serait trop facile, on n’éponge pas une aussi lourde faute politique sans en tirer les conséquences d'autant plus que la sociale trahison par ce parti de la droite compléxé architecte de la structure de la dérégulation financière était largement prévisible. Cette rhétorique démagogique de « gauche » présente également un risque majeur : celui de lasser les électeurs qui votent traditionnellement en faveur des mouvements de la gauche radicale et ainsi créer les conditions favorables soit à l’abstention soit à un report conséquent vers le Front National.

 

D’autant plus que ce discours anesthésiant prend aussi forme lorsqu’il s’agit d’aborder les questions liées à l’Union Européenne et plus particulièrement au fonctionnement des institutions de la zone euro avec une réflexion in fine sur la place de la France au sein de cette union monétaire et économique.

 

La question de l’euro

 

On dit souvent que l’espoir fait vivre mais cela n’est pas à confondre avec le manque de lucidité qui là, contrairement à la vie, débouche plutôt sur une mort lente. La gauche radicale est en effet caractérisée par la volonté d’amener dans un premier temps au pouvoir une alternance au niveau national qui serait susceptible de créer un rapport de force au niveau européen et qui permettraitun rééquilibrage des idées, une confrontation des points de vue afin d'aboutir à une éventuelle renégociation des traités. Voilà encore, un parfait exemple de discours politique anesthésiant. La contradiction tient en un syllogisme simple : la zone euro n’existe que parce qu’elle permet d’ôter aux délibérations nationales toutes marges de manœuvres concernant la capacité à mettre en place des politiques économiques conjoncturelles contra cycliques par conséquent si nous souhaitons une insurrection institutionnelle qui viendrait à remettre en cause cet état de fait alors la continuité de la zone euro n’est pas envisageable, affirmer le contraire est synonyme d’impuissance indéfinie.

 

Admettons ne serait-ce qu’un seul instant qu’un tel projet viendrait un jour à avoir des chances minimes de réussir, en l’espace d’un clin d’œil les emprunts à taux réels négatifs de la France sur les marchés obligataires ne seraient plus qu’un lointain souvenir, les primes de risques grimperaient à des sommets et il n’y aurait pas d’autres choix que de revenir à une monnaie nationale afin de se prémunir contre ce déchaînement financier. Il faut bien comprendre que le mythe de l’autre euro n’est pas réaliste, en plus des difficultés politiques, vouloir mettre fin à la primauté des marchés financiers tout en maintenant la continuité d’un cadre constitutionnel pré établi qui est entièrement favorable à la soumission des finances publiques nationales à la puissance normalisatrice anti démocratique des acteurs de la finance privée ajoute une difficulté supplémentaire indéfiniment plus insurmontable. Les investisseurs internationaux, apatrides, n’assisteraient sûrement pas sans agir à la remise en cause de leurs privilèges, notamment du principe de la libre circulation des capitaux (article 123 du traité de Lisbonne), la réintroduction d’une dose de financement monétaire, des mesures en vue d’une renationalisation du marché financier français, etc.

 

La convergence des économies européennes n’a pas eu lieu et elle n’aura pas lieu tout simplement parce que les mécanismes de transferts budgétaires nécessaires au bon fonctionnement d’une union monétaire avec des économies structurellement différentes et avec une monnaie rigide ne seront jamais mis en place, les politiques de dévaluation interne ne suffisent plus et en l’absence de ces mécanismes la seule solution reste l’ajustement externe, c’est-à-dire l’ajustement de change possible uniquement en cas de sortie de la zone euro. Le choc que représenterait un mécanisme de transfert massif sur les finances publiques allemandes n’est ni envisageable pour le gouvernement allemand ni acceptable par l’opinion publique allemande, d’autant plus que le pay s’accommode parfaitement et supporte très bien un taux de change effectif de l’euro assez élevé, une concurrence libre qui n’entrave pas son économie exportatrice au détriment de son marché domestique et une banque centrale indépendante conforme à l’orthodoxie monétaire ancré dans le marbre depuis l’hyperinflation des années 1920 qui déboucha sur ce que l’on sait.

 

Nous l’avons vu avec le cas d’école qu’est la Grèce : l’Allemagne a clairement choisi son camp, elle a décidé de prendre le risque politique de prouver aux yeux du monde entier la réversibilité de l’euro plutôt que de flancher sur un début de fédéralisme, de mutualisation ou bien d’accorder ce qu’elle a elle-même obtenu en 1953, lorsque sa dette publique a été divisée par deux. Alors oui, l’Allemagne a accepté de faire partie du projet Européen uniquement parce qu’elle a obtenu la garanti que celle-ci serait constitutionnellement compatible avec ses vues en matière de politique économique et il est fort à parier que si même une union fédérale venait à voir le jour, on imagine très mal l’Allemagne se plier à la règle de la majorité sur un enjeu simple mais crucial tel que le remplacement du plafonnement des déficits budgétaires par celui des ajustements de créances.A partir de ce postulat, le courage politique est de mise et c’est bien cela qui manque à cette gauche radicale qui dans un élan quasi irrésistible ne cesse de porter l’illusion d’un autre euro possible n'hésitant pas à littéralement véhiculer des mensonges. Comme le relève l'économiste Jacques SAPIR dans un billet intitulé La Grèce et la direction du PCF, le comité exécutif du parti n'hésite pas à produire un document de travail à l'attention de ses cadres et militants dans lequel les erreurs sont tellement grossières que l'esprit résiste à croire en la bonne foi des rédacteurs, constatez le de vous même à travers cet extrait : "Un Grexit signifierait une dévaluation estimée au minimum à 40% et donc une perte de pouvoir d'achat de 40% et une augmentation du coût de la dette de 40%". C'est tout simplement sidérant.

 

La question d’une sortie concertée avec des mécanismes et des institutions de coordinations monétaires doit devenir le plan A de la gauche radicale. Le retour à la souveraineté monétaire est une condition nécessaire à l’émancipation des peuples européens du carcan austéritaire. L'Etat-Nation reste le cadre dans lequel s'exerce la souveraineté populaire qui est l'essence même de la Démocratie. Ne pas admettre cela par internationalisme abstrait ou par crainte de ressembler au Front National est une équation politique douteuse, c'est pourquoi, il est important que la vraie gauche puisse se ressaisir et mettre un terme aux menées récupératrices du parti d'extrême-droite. Pour finir, n’oublions pas que la critique constructive est toujours source de progrès.

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commentaires

D 19/08/2015 00:09

Très bon article. Je vous félicite

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