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Les incohérences de l'Union Economique et Monétaire

par Déniz BOZKURT 21 Janvier 2016, 21:27 Recherche et réflexion

La présente publication est l’oeuvre de Cédric LANGOU, diplômé du Master II Droit Public Financier à l’université de Paris Ouest Nanterre-La Défense. Ce travail de recherche et de réflexion a été réalisé dans le cadre de son mémoire intitulé « Les finances publiques françaises tributaires du cadre européen » sous la direction de Monsieur le Professeur Mathieu CONAN.

Les incohérences de l'Union Economique et Monétaire

Gaullo-souverainiste attaché au modèle social français et à l'économie mixte à la française. Économiquement hétérodoxe.

Description politique de Cédric LANGOU

Une zone monétaire non optimale

 

« L’Union économique et monétaire (UEM) est une zone monétaire non optimale, par conséquent elle ne peut être viable »272 nous dit Patrick Artus. En effet, elle ne peut l’être non seulement parce que la zone euro ne répond pas aux critères de la théorie de Mundell273, mais également, parce que la théorie elle même n’est pas fondée scientifiquement274. Toutefois, nous nous contenterons de montrer en quoi la zone euro est une zone monétaire non optimale.

 

Premièrement, il n’y a pas une forte mobilité du travail au sein de la zone euro, ni une forte flexibilité des salaires275. Cela s’explique par la barrière de la langue et les conceptions sociales différentes des pays. En France, les salaires sont très rigides, pas en Allemagne276. Par conséquent, les chocs macroéconomiques ne peuvent être que dévastateurs277 (récession, chômage de masse et déflation salariale massive). 

 

Deuxièmement, il n’y a pas de gouvernement fédéral avec un budget fédéral, qui viendrait compenser le manque de compétitivité, le déficit commercial et le chômage, des États de la zone euro pénalisés par le taux de change unique (cas de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie et de la France) 278.

 

Troisièmement, il n’y a pas de convergence des taux d’inflation dans la zone279, il y a tout le contraire, ce qui entraine des effets très pervers280. De même, il n’y a pas de convergence réelle, les taux de croissance sont très différents d’un pays à l’autre281. Or, l’on sait très bien qu’une croissance plus forte que la moyenne en zone commune, se traduit par un déséquilibre des échanges qu’il convient de résorber par la dévaluation dont on est privé de fait dans une telle zone282. La France en est le parfait exemple, elle devrait en bonne logique dévaluer par rapport à l’Allemagne pour restaurer sa balance commerciale conformément à la courbe en J 283. Toutefois, on sait que cela n’est malheureusement pas possible. Quatrièmement, il n’y a pas de convergence structurelle, c’est à dire de niveau de gamme de production et/ou de qualité de spécialisation à faible concurrence par les prix commune aux économies de la zone284. Par conséquent, la zone euro ne peut avoir une monnaie unique, si ce n’est au prix d’un drame social et économique (comme il se développe déjà en Espagne et en Grèce, par l’hyper-chômage et l’hyper-pauvreté) 285.

 

L’impossibilité économique d’un État fédéral

 

Suite aux difficultés que rencontre la zone euro, nombreux sont ceux qui souhaitent un État fédéral286, mais cela est-il économiquement possible ? Cette question n’est jamais posée. En effet, un État fédéral implique des transferts budgétaires importants, de l’État fédéral aux États fédérés287, et compte tenu du degré d’hétérogénéité de la zone euro288, ceux- ci reposeront massivement sur les pays du nord, à destination de ceux du sud de l’Europe289. En effet, la monnaie unique n’a eu pour seul résultat substantiel, la divergence massive des économies de la zone290, entrainant une dégradation des finances publiques en France, loin donc des promesses en autres, de prospérité et de plein emploi. L’hétérogénéité s’apprécie à l’observation des différentiels de taux d’inflation structurel, de niveau de productivité, d’inflation salariale, de niveau de formation, de niveau de gamme de la production industrielle et de niveau de recherche & développement291.

 

Au regard de cette hétérogénéité patente, l’union de transfert, qu’en 1977 Roy Jenkins (ex-président de la Commission européenne) proposa292 et que l’Allemagne refusa avec d’autres, consistera dans le cadre d’un État fédéral, à compenser les disparités entre États-fédérés résultant de la monnaie unique, et notamment des chocs asymétriques qu’elle génère, en empêchant toute dévaluation permettant l’ajustement économique des dits États-fédérés293. Mais, l’union de transfert permettra également, d’égaliser le niveau de vie sur l’ensemble du territoire, en garantissant un niveau acceptable de retraite, d’allocation chômage, et de redistribution social dans les pays (États-fédérés) en difficulté économique.

 

Le coût économique d’une telle union de transfert est gigantesque, et ce, quelque soit les études analysées294. Le fédéralisme financier295 (hors contribution communautaire) implique des transferts importants vers la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie. En effet, pour rattraper sur une période de 10 ans l’écart en recherche & développement, le retard du système éducatif accumulé depuis 10 ans et relancer la demande, l’ensemble en Italie, en Espagne, au Portugal et en Grèce. Il faudrait respectivement, 122,99 milliards d’euros d’aide fédérale annuelle à l’Italie, 86,76 milliards d’euros d’aide fédérale annuelle à l’Espagne, 30,69 milliards d’euros à la Grèce, 17,27 milliards d’euros au Portugal. Pour un total annuelle d’aide fédérale, uniquement pour ces pays, de 257,71 milliards d’euros296 (chiffre de 2011). Notons bien, que ce n’est seulement, que le total de l’aide fédérale annuelle, à destination exclusivement de ces quatre pays, qui n’inclut pas la contribution communautaire versée chaque année. Or, l’on sait que d’autres pays de la zone euros, auront besoin d’aide dans le but de rattraper eux-aussi les pays du nord. Et ce, afin que l’ensemble de la zone euro, soit homogénéifiée et optimale au terme des 10 ans d’aide fédérale.

 

Les contributeurs seraient essentiellement, l’Allemagne, la France, la Finlande, l’Autriche, et les Pays-Bas. Toutefois, l’Allemagne ayant le plus gros PIB, elle supporterait 90% du financement de l’aide fédérale annuelle (pour ces quatre pays uniquement), soit entre 220 et 232 milliards d’euros par an, c’est à dire entre 8% et 9% de son PIB. Patrick Artus lui, chiffre la contribution de l’Allemagne à 12,7% de son PIB, soit plus de 250 milliards d’euros chaque année, ce qui conduirait à la ruine de la compétitivité de l’Allemagne comme le note lui même Patrick Artus297. Par conséquent, l’on voit bien que le fédéralisme budgétaire est surréaliste, donc impossible à mettre en œuvre, parce que trop coûteux.

 

 

 

 

 

272http://mobile.lemonde.fr/videos/video/2015/07/29/patrick-artus-economiste-le-modele-de-l-euro-n-est-pas- viable_4703635_1669088.html?xtref=http://www.lemonde.fr/videos/video/2015/07/29/patrick-artus-economiste-le-modele-de-l-euro-n-est-pas-viable_4703635_1669088.html …

273 R. A. Mundell, A theory of optimum currency area, American economic review, vol.51, n°3, 1961, p. 657- 665.

274 Jacques Sapir, Faut-il sortir de l’euro ? , éd Seuil, 2012, p.35-40. Voir J-J.Rosa, Le prix Nobel de Robert Mundell, Le Figaro, 22 octobre 1999.

275 Christian Saint-Étienne, La fin de l’euro, éd Bourrin, 2011, p.67.

276 Patrick Artus, De combien faut-il réduire le coût du travail en France ? , Flash économie, Natixis, n°506, 20 juin 2014, p.5.

277 Jacques Sapir, L’économie cannibale, 14 décembre 2013.

http://russeurope.hypotheses.org/?p=1829 

278 Christian Saint-Étienne, La fin de l’euro, éd Bourrin, 2011, p.6 et s.54

279 Jacques Sapir, Faut-il sortir de l’euro ? , éd Seuil, 2012, p.51-57. Voir également, J-J.Rosa, Oser dire non à la politique du mensonge, éd du Rocher, 2005, p.115-117.

280 Jacques Sapir sur la déflation salariale et ses effets : http://russeurope.hypotheses.org/?p=738 

281 Jacques Sapir, Faut-il sortir de l’euro ? , éd Seuil, 2012, p.58-63 et J-P. Vesperini, L’euro, Dalloz, Chapitre II, 2013.

282 Ibidem, p.161.

283 Jacques Sapir, L’impact d’une dévaluation sur le chômage, 21 avril 2013.

http://russeurope.hypotheses.org/?p=1168 

284 Rollet Philippe et Huart Florence, (1995), Du Grand marché à l'Union économique et monétaire. Les enjeux de la construction européenne, Paris, Cujas, p. 16.

285 Patrick Artus, le dit à la fin de cette interview la déflation salarial est trop couteuse :

http://mobile.lemonde.fr/videos/video/2015/07/29/patrick-artus-economiste-le-modele-de-l-euro-n-est-pas- … viable_4703635_1669088.html?xtref=http://www.lemonde.fr/videos/video/2015/07/29/patrick-artus-economiste-le-modele-de-l-euro-n-est-pas-viable_4703635_1669088.html …

Voir également, Jacques Sapir, Grèce: un crime se commet sous nos yeux, 14 novembre 2012. http://russeurope.hypotheses.org/490 

286 Michel Aglietta, Zone Euro : éclatement ou fédération, Michalon, Paris, 2012.

287 Patrick Artus, « La solidarité avec les autres pays de la zone euro est-elle incompatible avec la stratégie fondamentale de l’Allemagne : rester compétitive au niveau mondial ? La réponse est oui », NATIXIS, Flash- Économie, n°508, 17 juillet 2012.

288 En effet, il y a deux zones euro, une zone nord et une zone sud : Christian Saint-Étienne, La fin de l’euro, éd Bourrin, 2011, p.71.

289 Jacques Sapir, Le coût du fédéralisme dans la zone euro, 26 avril 2013, I. http://russeurope.hypotheses.org/453 

290 Christian Saint-Étienne, La fin de l’euro, éd Bourrin, 2011, p.71.

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