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Les problèmes liés à la politique de la BCE

par Déniz BOZKURT 19 Janvier 2016, 19:50 Recherche et réflexion

Les problèmes liés à la politique de la BCE

L'extrait publié m'a été transmis par un ancien étudiant à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS). Les quelques lignes publiées, résultent d'un travail de recherche et de réflexion sur les défis institutionnels de l'Union Européenne et de la Zone Euro. 

Gaulliste passionné par la question européenne

La description politique de l'auteur de cette publication

Plusieurs économistes, dont M. Aglietta et A. Orléan constatent que la BCE qui n'a strictement aucun compte à rendre à aucun instance élue et qu'elle est la banque la plus indépendante au monde. Même aux États-Unis, la FED ne peut agir totalement librement puisqu'elle entretient des liens avec le Congrès. 

Nos auteurs produisent ensuite une analyse tout à fait éclairante qui pose la question de ce qui fait la légitimité de la politique monétaire. Celle-ci est sensée, à leurs yeux, répondre à trois principes : 

          - principe justice : possibilité d'accès au crédit ;

          - principe de garantie (intégrité de l'unité de compte dans le temps) ;

          - principe de croissance : légitime car promesse de prospérité future.

       À l'aune de cette analyse, on constate que la FED répond à ces trois critères : elle concilie le principe de croissance en intégrant dans sa mission la question du plein-emploi, en cohérence d'ailleurs avec les caractéristiques de ses institutions du marché du travail ; elle rend possible l'accès au crédit mais prend également en compte les exigences d'une inflation modérée. La BCE, quant à elle ne se soucie que du principe de garantie, donc de l'inflation. Il en résulte donc logiquement des conflits avec les gouvernements, soucieux d'utiliser la politique monétaire pour que leurs citoyens accèdent au crédit et la prospérité54

 

         On voit donc bien la contrainte exercée par l'idéologie allemande, l'euro, et la BCE. Pendant presque dix ans, l'euro a été maintenu à un niveau trop élevé pour certaines économies qui ne jouissaient pas d'une compétitivité hors-prix du type Allemagne et se situaient sur des marchés moyenne gamme. Dès lors, il convient de se demander pourquoi l'euro a-t-il été maintenu si élevé par la BCE ? Cet argument est moins valable aujourd'hui étant donné les conditions déflationnistes à l'intérieur de la zone euro, impliquant nécessairement des mesures exceptionnelles prises contre cette menace. Mesures non conventionnelles qui ont tendues à faire baisser la valeur de l'euro qui s'échange, à l'heure ou nous écrivons ces lignes, à 1€/1,12$. 

Nous pensons que la surévaluation maintenue par l'action de la BCE, s'est faite dans une logique de pousser les États à la désinflation compétitive et aux réformes structurelles. Dans le cadre d'une monnaie surévaluée, les États, pour regagner en compétitivité, à court et moyen terme, tendent à modérer leur masse salariale, à créer des conditions fiscales favorisant les entreprises et les investisseurs, etc. J. Créel et J. Le Cacheux estiment ainsi « Faute de pouvoir recourir aux “ dévaluations compétitives“, ou aux formes classiques de la “ désinflation compétitive “, désormais impossibles dans le cadre de l’Union monétaire, les gouvernements nationaux sont toujours tentés de poursuivre les mêmes fins, mais par d’autres moyens : la concurrence fiscale, le dumping social, les politiques de modération salariale, etc. »55. Ainsi, un euro s'échangeant à 1,6038$ à son plus haut niveau en 2008 a-t-il participé à la mise en oeuvre d'un cadre institutionnel poussant à la désinflation, seul moyen de pouvoir recouvrer en compétitivité à l'export. Ce que nous allons voir dans notre prochaine sous-section. 

En outre, au-delà de la question du change, se pose aussi la question d'un taux d'intérêt unique à chaque pays dotés de structures économiques que tout oppose. En effet, les États membres de la zone euro sont également soumis à des taux d'intérêt uniques. Là se pose un problème de politique économique majeur étant donné la structure de l'économie des pays membres. Si, pour certains pays comme l'Espagne ou même l'Irlande, les taux ont tendus à favoriser les bulles étant donné le faible coût de l'argent, il n'en va pas de même pour des pays comme la France (ou même l'Allemagne) ou les taux ont longtemps été trop élevés pour eux. C'est pourquoi la zone euro a agit non pas comme un acteur sensé faire converger les économies, mais qui les a fait diverger. C'est le diagnostic que fait C. Saint-Étienne : les taux d'intérêt réels étant faibles par rapport à ce qu'ils auraient dû être, l'endettement s'en est retrouvé accru, ce qui a favorisé un accroissement inconsidéré du secteur de la construction. Sur une base 100 pour la moyenne à long terme en 2007, le taux a atteint 197 en Espagne contre 156 en France (et 71 en Allemagne)56. Des taux d'intérêt inadaptés du fait de l’hétérogénéité des économies ont donc conduit à des divergences ; entraînant à leur tour des modèles de croissance différents. Le rattrapage a donc pu se faire nonobstant les difficultés liées à l'incohérence de l'euro et ce, étant donné les conditions faciles d'accès au crédit qui ont permis la croissance. Mais une fois la bulle crevée, il ne peut en résulter que le retour à des politiques de désinflation compétitive.

Cadre institutionnel poussant à la désinflation compétitive à l'affaiblissement de l'État

 

Jusque ici, nous nous sommes penchés sur les différents éléments du cadre institutionnel général de l'UE. Nous avons vu que la constitution de la BCE, tout comme l'euro, résultait d'une conception légitimée par la peur allemande de l'inflation. Ces éléments ne sont pas sans impact sur les politiques économiques menées par les États-membres ; ils participent, en effet, d'un climat austéritaire ambiant. Nous développerons donc ici notre idée évoquée plus haut selon laquelle l'euro et la BCE agissent comme un carcan austéritaire, ils poussent les États à réduire leurs coûts salariaux, à la mise en concurrence des État-providences, etc.

LA concurrence est une conception qui imprègne les dirigeants de l'UE. Celle-ci ne concerne pas que les acteurs économiques, les producteurs soumis à la concurrence internationale, les travailleurs de la zone. Ils concernent aussi les États qui se retrouvent contraints de pratiquer des politiques de désinflation compétitive sous peine de perdre en compétitivité. En ce sens, l'attitude française nous paraît être schizophrénique. Elle propose elle-même des traités, qu'elle signe suite à un accord sur les clauses de ce traité avec l'Allemagne. Ces clauses, comme nous avons tenté de le démontrer, poussent les États à adopter des stratégies que l'on pourrait qualifier de non-coopérative, visant à retrouver de la compétitivité. 

Plusieurs éléments participent de ce cadre ; nous en citerons trois qui nous paraissent être particulièrement représentatifs : 

     - L'article 63 du TFUE qui interdit les restrictions aux mouvements de capitaux, c'est-à-dire, l'interdiction de s'opposer aux délocalisations ;

        - L'article 30 du TFUE, posant l'interdiction de barrières douanières entre États ;

      - L'euro, quant à lui, favorise la concurrence entre les États puisque qu'ils partagent la même monnaie et que, ce faisant, ils ne peuvent plus jouer sur la valeur de leur monnaie pour regagner en compétitivité.

        Ces éléments instaurent un climat concurrentiel que les signataires des traités et responsables politiques ne pouvaient méconnaître. En se privant de l'outil monétaire, en contraignant l'outil budgétaire par des mesures juridiques qui tendent à se préciser, par exemple avec le TSCG, la dernière variable d'ajustement, c'est la masse salariale. Lorsque l'Allemagne, par le biais des lois Hartz, fluidifie son marché du travail, modère ses coûts du travail, un différentiel de compétitivité se crée. Or, dans ce cadre, la France ne fait pas les efforts nécessaires pour recouvrer en compétitivité. La configuration institutionnelle pousse vers le moins disant social et fiscal, ce que le corps social français n'est pas disposé à atteindre. 

 

C'est pourquoi les réformes structurelles se font à dose homéopathiques comparativement à l'Allemagne ou même à l'Espagne. La Commission européenne est d'ailleurs cohérente avec elle- même lorsqu'elle somme la France de mettre en place ces réformes dites « structurelles ». Ces réformes dites structurelles, concernent la structure même de l'économie, touchent au marché du travail, à la forme de l'État, à la place accordée à la concurrence. On retrouve d'ailleurs des arguments analogues dans des rapports de l'OCDE57. Dire cela, ce n'est pas dire qu'en l'absence de ce cadre, la France pourrait être libérée de toutes les contraintes. C'est dire que ce cadre accentue la nécessité de compétitivité vis-à-vis des voisins européens en qu'en l'absence de ces réformes, il en résultera une baisse de la compétitivité, des exportations et contribuant ainsi à des taux de croissance quasiment atones. L'erreur française nous semble donc d'avoir proposé des traités organisant la concurrence intra-européenne sans vouloir l'assumer auprès des électeurs par la suite ; le coût étant politiquement intenable. Les conséquences, pointées par P. Artus sont simples : la France se fait rattraper par l'Espagne qui, par une baisse continue de ses salaires du fait de la crise, a regagné en compétitivité-prix58

Dans ces conditions, la capacité de survie d'un État passe par la baisse des salaires et à une remise en cause des acquis sociaux. La récente de crise des subprimes, puis de la zone euro, a conduit les États-membres à pratiquer une nouvelle fois des politiques de désinflation compétitive.

 

54 M. Aglietta et A. Orléan : La monnaie, entre violence et confiance, p. 302-303 

55 J. Créel et J. Le Cacheux : La nouvelle désinflation compétitive européenne, p. 11

56 C. Saint-Étienne : La fin de l'euro, p. 39 (les indices présentés par la suite se retrouvent à la page 148) 

57 Rapport de l'OCDE : France, les réformes structurelles : impact sur la croissance et options sur l'avenir

58 P. Artus : Qui va réellement mieux : la France, l’Espagne ou l’Italie ?

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