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Vers la normalisation des « déchainements boursiers » ?

par Déniz BOZKURT 14 Mars 2016, 10:25

En ce début d’année 2016, la relative euphorie des marchés actions semble avoir laissé place aux paniques boursières à l’image des oscillations d’assez grandes ampleurs observées. Le recul sur les 3 derniers mois, de plus de 23% du niveau de l’indice japonais, de plus de 21% de l’indice allemand ou encore de plus de 16% de l’indice français de référence a conduit bon nombre d’experts à reconsidérer ni plus ni moins la possibilité d’un nouveau krach. Les bourses mondiales ont en effet dû faire face à une volatilité accrue qui s’explique en partie par les risques qui pèsent sur la croissance mondiale mais ces mouvements brutaux traduisent également l’excès de liquidités en circulation d’une classe d’actifs à une autre : les politiques monétaires ultra accommodantes des principaux banquiers centraux ont créé un climat favorable aux retournements violents d’aversion pour le risque.

Impressionnante chute des principaux indices mondiaux (hors Chine)

Impressionnante chute des principaux indices mondiaux (hors Chine)

L'économie chinoise en pleine transition

 

L’économie chinoise ralentit, c’est une évidence mais cette perte de vitesse intervient dans un processus de remodelage du modèle de croissance. La dynamique de hausse des coûts de production et l’émergence d’une classe moyenne avide de consommation pousse à juste titre le pays à passer d’une économie extensive reposant principalement sur les exportations à une économie recentrée sur le « moyen gamme » dont le moteur principal serait la demande interne. L’amorçage d’une telle mutation ne se fait pas sans à-coups et il existe des courroies de transmissions aux marchés financiers de la zone euro notamment via le canal du change. La dépréciation du yuan pèse sur le niveau en valeur et en volume des exportations d’entreprises de la zone euro vers la Chine. L’effet asymétrique n’est pas non plus très rassurant : la désinflation importée accentue les pressions sur la BCE, limitant les perspectives de rebonds inflationnistes au sein de l’Union Economique et Monétaire. C’est pourquoi, la devise chinoise impacte tant les indices boursiers européens. La psychologie des marchés s’est particulièrement dégradée à partir de l’été dernier lorsque la Banque Centrale de Chine a modifié la méthode de fixation de la parité de référence afin de rendre le cours de sa devise plus représentative des conditions de marchés en vue de son internalisation. Interprétée à tort comme une dévaluation compétitive, la flexibilité de cette nouvelle méthode a engendré des pressions baissières accentuées par des sorties massives de capitaux. La baisse non négligeable ces derniers mois des réserves de changes de la BPoC ainsi que l’assouplissement des conditions d’entrées des capitaux non-résidents prouvent que le pays a au contraire, tenté d’enrayer cette tendance et non de relancer une nouvelle « guerre des monnaies ». D’autant plus qu’une monnaie forte est utile pour améliorer les termes des échanges avec l’extérieur. Les marchés devraient donc davantage s’adapter à cette réalité car la Chine n’a décidément pas vocation à être éternellement le pays de l’assemblage bas de gamme.

 

États-Unis : incertitude sur la remontée des taux

 

De l’autre côté de l’Atlantique, l’économie américaine laisse entrevoir quelques signes d’essoufflement. La franche décélération du quatrième trimestre 2015 avec une augmentation du produit intérieur brut de seulement 1% en rythme annualisé contre 3,9% au deuxième trimestre a tout de suite susciter des interrogations : panne cyclique ou récession ? Malgré la faiblesse de la hausse du salaire horaire moyen, la consommation maintient la croissance américaine ainsi que la dynamique encourageante des créations d’emplois (292 000 au mois de Décembre). C’est l’investissement des entreprises avec la crise dans le secteur énergétique et le recul des exportations par l’appréciation du dollar qui pèsent le plus. Ce contexte cristallise l’action de la réserve fédérale qui laisse planer le doute sur la remontée progressive de ses principaux taux directeurs.

 

La baisse du prix du pétrole est-elle réellement une bonne nouvelle ?

 

Améliorant le pouvoir d’achat, la baisse du prix du pétrole est en soi une nouvelle favorable pour l’économie réelle puisqu’il s’agit d’un transfert de revenus d’agents soucieux d’accumuler des excédents (pays producteurs) vers des agents ayant une propension marginale à consommer plus forte (ménages). Mais le contexte particulier actuel exacerbe la situation, les pays de l’OPEP tente de préserver leurs parts de marchés et asphyxient la concurrence du pétrole de schiste états-unien en maintenant volontairement un niveau de surproduction. Si elle perdure, cette situation risque à terme de pénaliser la croissance mondiale. Les effets négatifs qui impactent la croissance des pays producteurs en dégradant leur balance commerciale risquent fort de l’emporter sur les effets bénéfiques que représentent les gains de pouvoir d’achat et le surplus de consommation dans les pays de l’OCDE. Le désengagement des fonds souverains investis sur les marchés actions pour financer les déficits publics accentue aussi les pressions baissières.

 

Les mastodontes bancaires en première ligne

 

Les valeurs bancaires sont celles qui ont été frappées de plein fouet par la volatilité ambiante. Elles sont exposées à des risques conjoncturels spécifiques. La persistance de prix très bas dans le secteur pétrolier expose les banques européennes à des risques de contreparties. En effet différentes études évaluent les pertes potentielles pouvant aller de 20 à 30 milliards d’euros. L’environnement de taux bas préoccupe les investisseurs sur les rendements que les banques tirent de leurs activités de transformation mais leur capacité à s’adapter pour préserver des marges d’intermédiations positives semble solide : le secteur a affiché en France près de 23 milliards d’euros de profits soit le niveau le plus élevé depuis la crise. Le niveau des créances douteuses à l’actif des bilans bancaires de la zone euro et plus particulièrement des banques italiennes (225 milliards d’euros) et la fragilité de la Deutsche Bank constituent des sources d’inquiétudes autrement plus fondées. Le mastodonte allemand était engagé par exemple à hauteur de 73 mille milliards d’euros sur le marché dérivé sur un total notionnel mondial de 710 mille milliards d’euros en 2013. On comprend très vite que les craintes liées aux difficultés de l’établissement se propagent à l’ensemble du secteur à travers le risque de contagion systémique qui découle directement de l’intrication des banques sur les marchés à terme.

 

 

Vers la normalisation des « déchainements boursiers » ?

D’autant plus que la procédure de « bail-in » en vigueur depuis le 1er Janvier 2015 a un impact procyclique sur les conditions de financement bancaires puisqu’elle soumet les actionnaires et détenteurs d’obligations à une discipline de marché renforcée, en témoigne la survolatilité boursières et les spreads sur les marchés de la dette obligataire des valeurs bancaires. 

 

La fébrilité des marchés financiers repose donc en partie sur des interrogations légitimes qui méritent d’être analysées de près. Il paraît néanmoins évident que l’ampleur des mouvements observés depuis le début de l’année ne corresponde pas aux fondamentaux de l’économie mondiale. Cela traduit en réalité une nouvelle donne : l’excès sans précédent de la liquidité mondiale exacerbe l’irrationalité et la fougue passionnelle des marchés financiers avec l’avènement des cycles courts entrainant un climat de surréaction permanente.

 

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